Ici tout n’est qu’ordre, cadrage, et rigueur de composition. Dans les photographies d’Olivier Garros (né en 1943) comme dans un logis aménagé de façon minimaliste. Pourtant Garros est un homme qui bout à l’intérieur d’une sensibilité vive, alimentée par un regard à trois cent soixante degrés sur le monde, les hommes et les femmes.
La lame de Garros, c’est évidemment son Leica. Difficile d’imaginer reporter aussi soucieux des lignes, des formes, des surfaces et des mille jongleries que permet l’écrasement en deux dimensions et en noir et blanc de notre monde tridimensionnel coloré. Pour autant, l’humain, le social même, ne sont pas occultés, comme en témoigne son travail sur les manifestations en général et celles de 1995 en particulier. C’est aussi un portraitiste qui sait obtenir de ses modèles, surtout féminins, une présence d’une intensité émouvante jusqu’au trouble.
Travaillant le noir et blanc mais aussi la couleur, deux volumes réunis sous coffret étaient nécessaires pour présenter les deux volets de l’œuvre photographique de l’artiste.
Olivier Garros a aussi brillé dans un exercice photographique peu pratiqué : l’illustration littéraire. Avec Le Voyage en Espagne de Théophile Gautier et Le rendez-vous de Patmos de Michel Déon, il a donné deux exemples très réussis d’un genre trop rarement osé par les éditeurs littéraires de nos jours. Reporter, photographe de studio, vidéaste, mais aussi opérateur de cinéma avec plusieurs films à son actif, Olivier Garros trace sa ligne, à l’écart.

Guy Mandery